Sex And The City: une série «distincte, mais égale»?

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Depuis quelques semaines, je suis sans emploi. J’ai donc beaucoup de temps pour mettre mon CV à jour me reclaquer Sex and the city. Je suis montée tard dans le «SATC bandwagon», mais je suis quand même tombée sous le charme des personnages exagérés de la série culte et de leurs candides conversations. Sauf quand elles se mettent à perpétrer de gros clichés racistes.

Je ne parle pas que du New York bizarrement monochrome dans lequel se déroule la série, où l’on omet environ 25% de la population de la métropole : afro-américains, immigrants africains ou antillais.

Je parle surtout des rôles réservés à la poignée de personnages afro-américains. Ah, ils ne sont pas à plaindre, nous dira-t-on. On leur a donné une place de choix, une place qui leur revient, une place qui leur ressemble : entre le hip hop et le basketball.

Classy, HBO.

Saison 3, épisode 5. Samantha rencontre Shavon Williams, un producteur de musique pour un label de rap (wan wan wan). Sa sœur Adeena est la chef d’un grand restaurant soul-food fusion. On la décrit comme un croisement entre Martha Stewart et Puff Daddy (re wan wan wan).

Et là, oh-em-gee, on découvre qu’Adeena est une maudite méchante pas fine raciste. Dans le club ghetto avec détecteurs de métal à l’entrée où elles sont, Adeena ordonne à Samantha de laisser son frère tranquille. Elle ajoute que peu importe le nombre de robes à la J.Lo que Samantha possède, elle n’est pas la bienvenue et qu’elle ne comprendra jamais leur réalité. «This, is a black thing », dit-elle. Le dialogue est presque aussi awkward que le neck-roll attitude d’Adeena.


Le tout sur un fond de De La Soul. On fait dans la subtilité.

Récidive dans la saison 6. Fascinée par le monde de la série fictive Jules & Mimi dont les protagonistes sont un homme noir et une femme blanche, Miranda fantasme fort sur l’interracial. Arrive alors le Dr Robert Leeds, qui n’est pas seulement médecin, mais bien médecin pour les Knicks. Elle aura avec lui une relation qui durera quelques épisodes. Moins stéréotypé qu’Adeena et Shavon, Dr Leeds ne s’en tire toutefois pas indemne de clichés: on prend bien soin de souligner qu’il est équipé pour veiller tard, et on lui fait porter un tracksuit de velours brun, genre Run DMC circa 1985.

Comme je disais, tout en subtilité.

Si ce n’était que ça, on se dirait que l’auteure est WASP et que les producteurs n’ont sans doute jamais fréquenté d’Afro-américains en dehors d’Oprah. Mais la série en beurre épais avec d’autres stéréotypes : la pulpeuse et sensuelle amante brésilienne de Samantha, la traditionnelle et conservatrice nounou ukrainienne de Miranda, le copain russe froid et renfrogné de Carrie.

Le pire du pire, toutefois, reste la façon dont on massacre la culture arabe et l’Islam dans le médiocre film Sex and the city 2. Tout y passe : des jokes de tapis volants aux promenades en chameau en passant par une scène de piètre révolution féministe en plein karaoke où pullulent les danseuses de baladi.


Le moment le plus inconfortable demeure celui où Samantha se fait pourchasser en plein souk par un groupe de Musulmans qu’elle défie en brandissant des condoms et en… étant Samantha. Cette scène grotesque culmine avec quelques femmes arabes qui les aident à se cacher et qui, en retirant leur voile, révèlent qu’elles portent elles aussi les créations des grands couturiers comme nos quatre copines New Yorkaises.

La morale de l’histoire : même si les méchants Musulmans les persécutent, les femmes d’Abu Dhabi sont heureuses parce qu’elles portent elles aussi Chanel et Dior. « And the Academy Award for best motion picture goes to… »

Difficile de nier que nos téléséries, voire nos films, se passent plus sur une trame ivoire qu’ébène ou marbrée. Le racisme d’omission est en application dans 99% des séries que l’on regarde, peu importe que l’action se déroule à New York, L.A., Boston, Montréal ou Lietteville. La société évolue, mais la culture populaire ne suit que d’un pas lent.

En fait, la seule personne pour qui les relations multi-ethniques ne semblent pas être un enjeu dramatique est Shonda Rhimes, qui nous a donné Grey’s Anatomy et Private Practice. D’ailleurs, son plus récent projet, Scandal, met en vedette la sublime Kerry Washington dans le rôle d’Olivia Pope, dont l’élégance et le style sont tellement remarquables qu’on serait presque tenté d’en oublier Carrie Bradshaw…