Deux Solitudes (NBA vs Europe): La ferveur grecque


Olympiacos_European_Champion-basket

Cette semaine, je vous présente la deuxième partie de mon enquête (ha!) sur le basketball européen versus celui de la NBA. Pour la cause, je suis allée jaser avec Nikolaos, un jeune homme né en Crète (Grèce), une île magnifique au centre de la Méditerranée et d’où sa maman, Τζένη (Jenny), prépare les plats les plus succulents de la galaxie.

Nicko m’a parlé de son amour du basketball et des allégeances rivales que portent lui et son père à deux grandes équipes du pays. Il nous dit aussi pourquoi un excellent joueur pourrait très bien choisir l’Europe même si la NBA lui était offerte. Voici un résumé de notre entretien.



Quelle est ton plus lointain souvenir associé au basketball?

Nous sommes en 1987 et la Grèce est en finale de l’EuroBasket, le championnat de la FIBA Europe. Contre toutes attentes et pour la première fois de son histoire, la Grèce remporte les honneurs par la marque de 103 à 101 sur l’Union Soviétique, pourtant grande favorite.

C’est cette année-là, et spécialement grâce au joueur Nick Galis, que le basketball est devenu un sport important au pays. Galis, nommé MVP de l’EuroBasket 1987, est selon moi le meilleur joueur qu’ait connu mon pays et surtout celui qui a amené le basket en Grèce.

Qui étaient tes idoles?

Dans ma chambre, j’avais des affiches de Fragiskos Alvertis, un très grand athlète et l’idole des filles, donc un modèle pour nous, petits garçons! En suivant les tournois nationaux, j’ai vu jouer la fameuse Dream Team… celle de 1992. Il n’en fallut pas plus pour que je découvre la NBA et que je devienne éventuellement, comme beaucoup d’enfants partout dans le monde, un inconditionnel de Michael Jordan.

Parle-moi brièvement de la scène locale

Après 1987, les dirigeants des équipes locales grecques ont investi encore davantage de fonds pour monter des clubs redoutables. Olympiakos (Pirée) et Panathinaïkos (Athènes) sont devenues d’excellentes équipes en Europe… et d’irréconciliables rivales. Il existe une haine profonde et mutuelle entre les fans des deux équipes. C’est d’ailleurs une éternelle source de conflit entre mon père et moi : il soutient Olympiakos et moi, Panathinaïkos. Aujourd’hui, nous sommes de grands garçons et arrivons à maîtriser nos ardeurs, mais rien ne déchaîne les passions comme le sport. Et la passion des Grecs est pratiquement sans égale!

Mes concitoyens sont reconnus pour leur ferveur dans les stades et le culte qu’ils vouent aux équipes sportives. Nous avons des chants, des slogans et des insultes à lancer à l’opposant. Ce doit être incroyable de jouer devant 20 000 personnes qui chantent l’hymne de ton équipe ou qui scandent ton nom lorsque tu as le ballon. Les Américains connaissent bien cette ferveur au football (soccer), mais ne savent pas toujours que pour certains clubs de basketball, la frénésie est la même. Ça change des insipides « defense, defense » que l’on entend dans la NBA…

(NDLR : Je confirme! J’ai assisté à un match entre Panathinaïkos et Alba Berlin l’an dernier, ici en Allemagne. À l’entrée du stade, un groupe d’irréductibles chantaient l’hymne de l’équipe, drapés dans des drapeaux et en faisant brûler des genre de fusées éclairantes!)

Penses-tu que ta philosophie du sport est différente de celle d’un Américain?

J’ai l’impression que la différence majeure réside dans notre définition d’une bonne performance. Ça ne me dérange pas, par exemple, de n’avoir scoré aucun point moi-même si je sais que j’ai été très bon défensivement ou que j’ai aidé un coéquipier à marquer. Je pense que pour les Américains, l’idée du ‘je joue, donc je score’ est très ancrée, ce qui entraîne forcément une lutte pour avoir – et garder – la balle. Cela donne aussi plus de prestige aux joueurs qui marquent beaucoup de points, alors que pour nous, Européens, un bon joueur peut très bien être un excellent défenseur.

Que penses-tu de la croyance selon laquelle les bons joueurs vont dans la NBA et les autres restent en Europe?

Évidemment, les Européens qui jouent dans la NBA sont excellents et seraient tous de grandes stars s’ils jouaient en Europe. Dans la majorité des cas, la NBA recrute des joueurs ayant déjà fait leurs preuves au niveau professionnel ici. Il y a quelques exceptions comme Dirk Nowitzki ou, plus récemment, Giannis Antetokounmpo, qui n’a jamais joué en première ligue en Europe, mais s’est fait remarquer en ligue junior. Il a été repêché par les Bucks de Milwaukee où il démontre déjà beaucoup de potentiel. J’ai très hâte de suivre sa carrière. Ai-je mentionné qu’il est Grec?

Je pense que les joueurs de la NBA sont de plus grands athlètes, dans la mesure où le jeu est plus intense. Les quarts sont plus longs, le terrain est plus grand, le style est différent. Ils doivent avoir une condition physique qui leur permet de garder le rythme. Il faut aussi mentionner qu’il y a beaucoup plus de parties dans une saison de la NBA, les équipes sont donc toujours en train de voyager, c’est épuisant.

Pour beaucoup de joueurs, je pense que l’intégration n’est pas facile.  Les différences culturelles sont également importantes à certains égards et c’est sans parler qu’un repêchage dans la NBA peut vouloir dire beaucoup de temps sur le banc, à moins d’être déjà une superstar. Certains ne sont tout simplement pas assez patients : ils veulent jouer.

Edvard était curieux quant à ton opinion au sujet d’Arvydas Sabonis: pourquoi crois-tu qu’un joueur de sa trempe n’a fait le saut vers la NBA qu’en fin de carrière?

Je pense qu’il peut y avoir plusieurs raisons qui poussent de bons joueurs à rester en Europe: un bon contrat à domicile, la proximité de leur famille ou l’absence d’offre intéressante de la part de la NBA. Pour Sabonis, il y avait des raisons politiques. Il a grandi en Lituanie, sous le régime soviétique. Jusqu’en 1990, il n’étais pas autorisé à quitter l’Union Soviétique. Il évolue brillamment derrière le rideau de fer et donne de belles victoires à l’URSS dont une médaille d’Or aux J.O. de 1988. Après la chute du régime, il choisit alors de jouer en Espagne avant de (finalement!) accepter une offre des Blazers de Portland.

D’autres excellents joueurs sont restés en Europe, pour diverses raisons. Je pense à Theódoros Papaloukás, ancien joueur pour le CSKA Moscou, aujourd’hui à la retraite, et joueur européen le mieux payé de son époque. Il a dit qu’il n’irait jouer dans la NBA que si on lui offrait un contrat qui remplisse ses exigences, ce que L.A. et Boston, notamment, n’auraient pas su faire. Je crois que si un joueur a déjà un statut de super-vedette en Europe ET le meilleur salaire de la ligue, il prend probablement la meilleure décision en restant là où il est déjà reconnu.

Tes équipes et joueurs préférés?

NBA
Équipe : Spurs de San Antonio – pour leur style européen (sans doute grâce à leur entraîneur Gregg Popovich, d’origine serbe)
Joueur : ouf… Kobe Bryant, peut-être? Je l’admirais beaucoup au début de sa carrière et bien que je reconnaisse qu’il est un grand athlète, je ne peux pas dire que je me préoccupe de ses exploits aujourd’hui. J’aimerais pouvoir bientôt changer cette réponse pour Giannis Adetokunbo!

Euroleague
ÉquipePanathinaïkos
Joueur : J’ai beaucoup, beaucoup de joueurs préférés, mais si je ne devais en nommer qu’un, je dirais sûrement Dimitris Diamantidis, le capitaine de Panathinaïkos. J’admire son éthique et son style de jeu, il est extrêmement humble et attribue toujours les victoires à son équipe. Je le trouve toutefois trop poli, parfois; il serait encore plus remarquable s’il était plus féroce

Meilleur joueur de tous les temps : Je préfère parler de joueur le plus influent et je nommerais alors Michael Jordan. Dans ma tête, basketball = Michael Jordan, tout simplement.

Quand tu étais petit, tu rêvais de jouer où?

Je n’ai jamais rêvé de jouer dans une ligue, sans doute parce que je n’ai jamais joué dans une équipe organisée même si je joue depuis toujours au basket. Par contre, si on m’avait demandé de choisir entre voir une partie en chair et en os de la NBA ou de mon club, j’aurais dit la NBA. Encore aujourd’hui. La NBA fascine, c’est gros, c’est du spectacle. Je voudrais vivre cette expérience une fois dans ma vie.

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