Girls: La déroute féminine d’aujourd’hui

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Comment commencer ce texte sinon en affirmant que la télésérie Girls est extraordinairement parfaite. «Bon, les nerfs!», vous dites-vous en levant les yeux au ciel ? Et bien non, je ne calmerai pas mes nerfs. Il faut rendre à César ce qui est à César, et à Lena Dunham ce qui est à Lena Dunham: Girls est une série télévisée qui ne marquera pas qu’une génération, mais bien une époque.

Je m’explique. Nous vivons à l’époque Facebook et Twitter où tout peut être dit en 140 caractères. Une époque dans laquelle tout va vite: la vie, le sexe, les relations, le travail, les ambitions. Il est difficile de croire que dans un monde si individualiste, on ait tant perdu le sens «d’être». Être une femme, être une amante, être une amie, être une soeur, etc. On manque de repères. On a perdu notre phare. Et on le cherche sur Facebook, sur Twitter et dans les blogues.

Ce manque de repères est très difficile à gérer pour le commun des mortels et c’est cette difficulté qui est si bien représentée dans Girls. Quatre jeunes femmes dans la vingtaine qui cherchent à comprendre qui elles sont dans un monde qui s’attend tellement d’elles. Il suffit d’ouvrir l’ordinateur pour avoir accès à la vie parfaite de tous et chacun. Comment vivre avec nos insécurités et nos questionnements existentiels?

Dans la troisième saison, les filles approchent la fin de la vingtaine, une période si importante pour toutes les femmes du monde, mais une période qui passe sous le nez de plusieurs d’entres nous, vu nos névroses et notre manque de maturité. (Notez que je fais référence à moi-même ici et chanceuses celles qui n’ont pas passé par là!) Vers la fin de la vingtaine, on fait encore la fête, on commence une job qu’on pense qu’on aimera toute sa vie, on s’imagine BIG dans la trentaine sans réaliser que la trentaine est au coin de la rue… On fréquente des gens qui nous en apprendront beaucoup sur la vie (pour ne pas dire des imbéciles). C’est cette période de la vie si charnière d’une femme de la vingtaine qui est représentée avec brio ici!

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« How old do you have to be to rent a car ?» – Hannah

La première se termine sur ces paroles. Celles-ci représentent parfaitement ce que ces filles vivent et qui elles sont. Tout d’abord, tout au long de l’émission nous retrouvons Jessa, qui se fait mettre à la porte d’un centre de désintoxication; Shoshanna qui couche avec des gars qui semblent lui faire ni chaud ni froid; Marnie en peine d’orgueil (à m’entendre, elle me dirait probablement : Fuck you! I was gonna spend my life with him! Sur quoi je lèverais mes yeux au ciel) et Hannah en relation sérieuse avec Adam et écrivant son mémoire (pour vrai, cette fois-ci). Elle prend ses médicaments, vit avec son amoureux, a des relations sexuelles normales; bref, la vie d’Hannah est « stable » comparée à celle de ses amies.

Sa vie est stable et sérieuse. Elle est concentrée sur son objectif d’écrire son mémoire, tellement qu’elle laisse des gens l’insulter en lui disant qu’elle ne pourra jamais avoir de lait maternelle dans ses seins, elle laisse son amoureux prendre soin d’elle (un peu comme on prend soin d’un chiot blessé) et elle se laisse embarquer dans un road trip pour aller chercher Jessa au milieu de nulle part. Tout ça, pour le bien de l’écriture! On est loin de la fille qui s’est enfoncée des Q-Tips au fond de l’oreille et qui a laissé son chum la baiser comme s’il filmait un film porno sans budget et sans goût… Elle semble avoir tout sous contrôle et une maturité qu’on ne lui connaissait pas encore jusqu’à ce qu’elle demande à Adam : «How old do you have to be to rent a car?».

Cette simple phrase nous ramène directement dans l’ambigüité qu’est la vingtaine. On a des relations d’adulte, on couche avec des gens comme des adultes, on travaille comme des adultes, mais on fait la fête comme des ados et on se pose ce genre de questions: est-ce que j’ai l’âge de…?

« I’ll never be bored as long as there’s Halloween. » – Shoshanna

Le succès de Girls prend vie grâce à ces bijoux sortis tout droits de la tête de Lena pour se rendre sur les lèvres de ses personnages. Des phrases du style Twitter qui ont moins de 140 caractères et qui cimentent les personnages dans une réalité tout aussi sensible que mordante. Le génie de cette série est, sans équivoque, la plume de son auteur. Lena Dunham a su créer des personnages profonds et vrais, qui rejoignent les gens à la maison sans jamais faire la moral. Elle adresse le sexe, la drogue, le travail, la famille, l’amitié, la politique et le féminisme avec intelligence et subtilité. Elle brise des barrières en se mettant à nu que ce soit derrière l’écran ou devant. Conséquemment, nous célébrons une auteure et ça c’est toujours une bonne nouvelle!

Lena est sans aucun doute la voix d’une époque et pas seulement celle de sa génération.

Girls est en diffusion les dimanches soirs à 22h sur les ondes de HBO, et les deux premiers épisodes de la saison trois sont disponibles sur YouTube pour un temps limité.

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