Pourquoi regardez-vous encore les remises de prix?

Macklemore Grammys

Dimanche après-midi, Wood me demandait si j’allais écrire quelque chose sur les Grammys, ce qui implique forcément que je devais les regarder. Ma réponse instinctive: oui, même si je les déteste. Et en quelque sorte, je sais que c’est la même chose pour plusieurs d’entre vous.

Dans ma jeunesse, les American Music Awards et les Grammys ont captivé mon imaginaire, avec des performances magistrales de Michael Jackson, Whitney Houston, Lionel Richie, Tina Turner et autres légendes de l’époque. En voyant la qualité et l’énergie déployée lors de leurs prestations, on avait vraiment l’impression que c’était une compétition non-officielle digne d’un championnat du monde, à savoir qui allait remporter la ceinture du meilleur artiste livre-pour-livre du jour.

En 2014, alors que l’effet ne semble plus être le même et que ça ne semble pas vouloir s’améliorer, pourquoi étions-nous encore des millions à être rivés sur nos écrans, dimanche soir? Il y avait par exemple une chance en or de pouvoir clore le débat de la chanson de l’été dernier entre «Blurred Lines» et «Get Lucky», mais les fanatiques de mashups incongrus que semblent être les gens en charge des Grammys ont préféré agrafer le groupe Chicago à Robin Thicke, au lieu de lui laisser voler de ses propres ailes. Une ceinture de championnat qui sera orpheline à jamais, malheureusement…

Les Grammys ont toujours eu une ambiance beaucoup plus formelle et surtout protocolaire que les AMA à mon avis, même si quelques performances ont marqué l’imaginaire du public et validé quelques carrières (Ricky Martin étant probablement l’exemple le plus flagrant). C’est comme si les AMA étaient l’équivalent d’aller souper chez votre tante préférée qui faisait de la bonne bouffe et que la plupart de vos cousins cools de votre âge y seraient; tandis que les Grammys étaient comme aller chez votre grande-tante éloignée qui vous recevrait avec des bonbons à la menthe et du pâté chinois, mais qui pourrait vous gâter en vous refilant un 20$ une fois de temps en temps. Mais personne n’a jamais débattu en disant «hey, les Black Eyed Peas ont remporté HUIT American Music Awards, alors forcément ils sont meilleurs que le Wu-Tang Clan», alors leur validité aux yeux du public est pas mal nulle. Et ça devrait être la même chose pour les Grammys à ce stade-ci, honnêtement.

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Vous vous attendiez à des moments forts? À des surprises? Vous n’étiez certainement pas syntonisés sur la bonne chaîne, ça c’est certain. Pourtant le tout avait bien commencé avec la prestation de la reine elle-même, ze Beyoncé (avec Jay Z en prime), simplement sensuelle. Par la suite? Ouf. Pink nous a refait son numéro de cirque de l’an dernier, la performance de Ringo Starr sonnait comme une chanson de souper spaghetti, et plusieurs autres se fiaient un peu trop au lip-sync et/ou faussaient carrément (oui oui, toi aussi Pharrell). Sans compter qu’avec une vingtaine de performances au total, on aurait pu facilement couper dans le gras et ne pas avoir à reléguer Nine Inch Nails au générique de la fin. Kendrick Lamar s’est très bien tiré d’affaire avec Imagine Dragons dans ce qui était facilement la performance de la soirée, mais ce fut l’exception et non la règle, malheureusement. Et point de vue trophées, quand deux des artistes en lice pour l’album de l’année (Kendrick Lamar et Taylor Swift) ne sont même pas foutus de remporter le prix de leur propre catégorie, ça tue un peu le suspense.

Justement, en parlant de Kendrick. C’est probablement un signe lorsqu’on finit par parler davantage de celui qui n’a pas gagné que de ceux qui ont remporté quatre trophées. Auparavant, on sentait que seuls les fans purs et durs de hip-hop criaient à l’injustice lorsqu’un artiste particulier ne remportait pas de prix, pointant du doigt les juges et décideurs de l’industrie qui n’y connaissaient rien. Mais ce cas-ci est plus complexe à analyser, décidément. Rarement une décision de prix semble être aussi unanimement conspuée de tous bords, tous côtés que celle d’avoir offert le Grammy du meilleur album hip-hop à Macklemore & Ryan Lewis, alors que Good Kid, M.A.A.D. City est possiblement le meilleur album des dix dernières années, sinon du moins dans le top 5. Toutes les théories ont déjà été étoffées à savoir pourquoi cette décision a été prise, et à savoir si Macklemore méritait d’y être en premier lieu, mais tout le monde s’entend pour dire que l’album de Kendrick est un véritable classique hip-hop comme il s’en fait trop peu ces temps-ci, ce qui n’est certainement pas le cas de monsieur Thrift Shop.

Et ce n’est pas juste pour le hip-hop que le problème existe. Je ne suis pas un grand expert de rock, même si j’aime bien certains bands ici et là, mais j’ai de la misère à croire que Led Zeppelin et Black Sabbath soient aussi dominants dans leur sphère en 2014, alors que Vampire Weekend et The National étaient sur toutes les lèvres des critiques l’an dernier. Les vieux croûtons aiment vraiment leurs classiques, apparemment…

La vérité? Regarder les Grammys (et toutes les autres remises de prix musicales) est de moins en moins axé vers le produit musical en tant que tel, et plus sur les aspects superficiels de l’événement, un peu comme une métaphore parfaite de l’industrie musicale d’aujourd’hui. De notre salon, on ne cherche pas vraiment à savoir qui nous éblouira par leur performance ou si notre groupe préféré l’emportera (il n’est probablement pas nominé, de toute façon); on cherche plutôt la dernière controverse ou dérapage afin de pouvoir bitcher en direct sur Twitter et Facebook (ce qui peut être très divertissant en soi, je l’avoue), ou sinon en débattre pendant notre pause-café le lundi matin. Donc, notre consommation de ces événements a changé, surtout à l’ère des médias sociaux, et c’est surtout notre cynisme collectif qui en ressort par nos réactions.

Malgré tout le tapage médiatique par rapport à Macklemore vs Kendrick Lamar, tout fan de hip-hop qui se respecte savait très bien que le nouveau Roi de New York (!) n’avait en fait aucune chance de l’emporter, et voulait tout simplement regarder pour confirmer l’affront qui s’annonçait devant eux. Il aurait beau s’excuser un million de fois en montant les marches de l’oratoire St-Joseph à genoux, ça ne changerait rien à ce qu’on pense de Macklemore.

Alors, on en fait quoi, de tout ça? Un trophée ne devrait jamais valider vos goûts musicaux, cinématographiques ou autres, quels qu’ils soient. Si c’était le cas, on ne penserait pas grand chose de Nas, Tupac, Notorious B.I.G., Bob Marley, Run DMC, Jimi Hendrix ou Queen. Cela ne nous empêche pas de vouloir regarder ce genre de méga-production promotionnelle malgré tout (soyons francs, tout de même). Mais la consécration du moment ne devrait pas nous faire oublier que ce n’est que du divertissement tape-à-l’oeil après tout, et que vous pouvez mettre ce que vous voulez dans votre playlist, que vous soyez abonnés à Radio NRJ ou SoundCloud. Faites plutôt confiance à vos oreilles avant tout, elles ont raison plus souvent qu’autrement…

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