Derek Jeter: Le grand salut d’une légende

Jeter last game

L’arrêt-court des Yankees de New York, Derek Jeter, vient de conclure une illustre carrière de vingt saisons dans le baseball majeur. Après une véritable tournée d’adieu qui s’est terminée hier après-midi au vétuste Fenway Park de Boston, le numéro 2 des Yanks aura offert un autre fait saillant à une carrière qui n’en manque pourtant pas.

Si vous ne l’avez pas encore vu, voici ce qui s’est passé en fin de neuvième manche jeudi soir contre les Orioles de Baltimore, alors que le score était de 4-4 en fin de neuvième manche:

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Plusieurs médias ont fait l’éloge de la carrière du natif du New Jersey. Plusieurs autres se sont acharnés à minimiser l’impact qu’il a eu sur l’histoire des Yankees et du baseball en général. Certes, son agressivité au niveau défensif laissait parfois à désirer, et il n’a jamais été élu le joueur le plus utile de la Ligue Américaine tout au cours de sa carrière. Mais ce qui est incontestable dans son cas, c’est qu’il a toujours répondu présent lors des grandes occasions, comme il l’a démontré jeudi soir.

Ce que les dénigreurs oublient souvent, c’est que les amateurs de sport aiment se faire raconter des contes où le héros l’emporte gracieusement. Les athlètes professionnels ont toujours été des marchands de rêves pour nos jeunes (et moins jeunes) en quête d’idoles, et Dieu sait comme il est difficile d’en trouver dans le monde du divertissement de nos jours. Et de mon vécu, très peu de joueurs de baseball, voire très peu d’athlètes tout court, ont su inspirer par leur simples performances et l’aura de vainqueur que possède Jeter.

Oui, Alex Rodriguez était un joueur plus complet que lui, et aurait probablement dû évoluer à l’arrêt-court au lieu de Jeter à son arrivée dans le Bronx, mais ses mauvaises décisions personnelles feront en sorte qu’on se rappellera toujours de lui comme un tricheur dopé qui a presque toujours croulé sous la pression en séries, en plus d’avoir commandé un salaire indécent. Je peux vous garantir que les Yankees et les autres équipes ne l’honoreront pas de la sorte si jamais il décide de revenir au jeu l’an prochain.

Oui, Craig Biggio est un arrêt-court tout aussi méritant d’éloges que Jeter, mais malheureusement son défaut principal aura été d’avoir évolué pour les Astros de Houston, qui n’ont pas su mettre une équipe compétitive à sa disposition, la plupart du temps. Avez-vous des moments mémorables de Biggio qui vous viennent en tête quand vous pensez à lui? Vous vous souvenez probablement vaguement qu’il était un joueur hautement redoutable autant offensivement que défensivement, mais aucune étincelle de sa part.

C’est de cette manière que l’on distingue souvent les grands joueurs des légendes. Surtout au baseball, ce faux sport d’équipe qui repose plutôt sur les exploits individuels pour le bien de la collectivité. Si vous trouvez mon opinion un peu dure, demandez-vous pourquoi les records individuels et les statistiques ont une importance sacro-sainte et que les dirigeants et chroniqueurs font tout ce qu’ils peuvent pour protéger l’intégrité de ces chiffres. Mais contrairement à A-Rod, par exemple, Jeter n’a jamais donné l’impression qu’il jouait uniquement pour ses statistiques. Pour lui, c’était la victoire avant tout, et il a cinq bagues de championnat pour le prouver.

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Comment justifier le statut de légende de Jeter?

Demandez-vous si vous seriez tentés de raconter à vos enfants ou petits-enfants ses multiples exploits en séries éliminatoires, comme la fois où il a intercepté un relais venant du champ droit, afin de retirer le coureur qui s’en venait au marbre; ou la fois où il a plongé tête première dans les gradins après avoir capté une fausse balle, avec deux coureurs en position de marquer, en 12ème manche, en série de championnat contre les ennemis jurés de Boston.

Vous leur raconterez la fois qu’un fan des Yankees a capté une balle par-dessus la tête du voltigeur des Orioles de Baltimore, Tony Tarasco, transformant un double en circuit, et le destin de cette équipe du même coup. Vous allez devoir leur dire qui était au bâton pour ce coup sûr légendaire.

Même la manière dont il est devenu le SEUL joueur des Yankees à atteindre le plateau des 3000 coups sûrs en carrière n’était pas banale.

Mais en fait, ce n’est pas tout. Pour atteindre un tel seuil d’idolâtrie, ça prend aussi des facteurs externes. Ses origines métisses ont fait en sorte que tous les New Yorkais ont pu s’identifier à lui, sans aucune controverse raciale à la Tiger Woods. Son père, un conseiller en toxicomanie afro-américain, détenteur d’un doctorat et vétéran de l’armée américaine, a élevé Derek et sa sœur dans un foyer très strict en compagnie de sa mère d’origine allemande et irlandaise. Sa famille reste présente à ses côtés lors de ses grands moments jusqu’à ce jour.

Ses allures de beau gosse ont fait de lui un choix facile pour de nombreuses campagnes de publicité au nom de grandes multinationales (Nike/Jordan, Gatorade, Movado, entre autres). On ne peut également passer sous silence le fait qu’il est le célibataire le plus en demande de New York depuis une dizaine d’années, si l’on se fie aux tabloids de la métropole américaine.

Mais le plus impressionnant, c’est qu’il n’a jamais été pris dans l’eau chaude durant ses 20 ans de carrière. Pas de démêlés avec la justice. Pas de controverse de stéroïdes, alors que la plupart de ses pairs se sont fait démasquer. Pas de drogues illicites ou récréatives. Aucune histoire conjugale violente ou néfaste. Une des pires choses qu’on ait pu trouver à son sujet, c’est qu’il offrirait apparemment des paniers-cadeau à ses conquêtes d’un soir, incluant une balle autographiée… c’est tout dire.

Tous ces éléments aident à cultiver le mythe Jeter auprès de la population, de le rendre quasi-inaccessible aux yeux des simples mortels que nous sommes. Mariano Rivera a pris sa retraite l’an dernier avec les mêmes honneurs venant de tous les clubs du baseball majeur; et même s’il est considéré comme le plus grand releveur de tous les temps et grandement respecté des fans et des joueurs, presque personne n’a de grandes anecdotes à raconter à son sujet.

Idem dans les autres sports. Michael Jordan s’est fait comparer à Dieu par nul autre que Larry Bird après avoir marqué 63 points dans un match de séries, mais le fait qu’il ait été le prototype de l’athlète médiatique moderne (pubs, ligne de souliers, films, etc…), sans compter le triste décès de son père, donne une dimension supplémentaire au célèbre #23. Mario Lemieux a émerveillé toute une génération de partisans avec ses exploits à Pittsburgh, mais le fait qu’il ait combattu le cancer et des maux de dos chroniques pour le faire, le distingue de la plupart des autres joueurs de hockey. Bo Jackson est encore vénéré à ce jour par plusieurs malgré le fait qu’il n’ait absolument rien gagné au niveau professionnel, mais ce qu’il a accompli, et surtout la manière, reste gravé dans la mémoire collective.

Derek Jeter sera à jamais Le Capitaine dans le coeur des fans des Yankees. Un bel exemple à suivre qui a su inspirer ses troupes, tellement que même le magazine Fortune le classe au onzième rang des plus grands leaders du monde, devant d’illustres PDG et philanthropes reconnus. Toute carrière a une fin, mais une légende est éternelle.

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Petite anecdote locale concernant Jeter. Les Expos de Montréal détenaient le troisième choix au repêchage de 1992, et avaient Jeter dans leur mire, mais vu le manque de budget vision du club, ils ont préféré jeter leur dévolu sur un jeune homme du nom de B.J. Wallace. Pourquoi, dites-vous? Jeter exigeait un boni à la signature de 250 000$, peu importe l’équipe qui ferait appel à ses services, et Wallace n’en demandait pas autant.

Vous vos demandez ce qui s,est passé dans le cas de Wallace? Dites-vous seulement que pendant que jeter frappait son 3000ème coup sur en 2011, Wallace se faisait arrêter pour production de crystal meth à son domicile. Bref, un vrai Walter White, de la série Breaking Bad.

Et si Claude Brochu n’avait pas été aussi pingre?

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