Championnat Mondial de hockey 2015: l’expérience montréalaise

Slovakia v Canada - 2015 IIHF World Junior Championship

Il y a un peu plus d’un an, j’ai eu l’opportunité de m’inscrire sur une liste d’attente. Loin d’être chanceux dans ce genre d’hasard, cette inscription s’est faite sans trop d’attentes ni sans trop d’espoir. Par contre, l’enjeu qui l’accompagnait pouvait être payant.

Il y a dix ans, j’ai regardé pour la toute première fois le Championnat mondial de hockey junior. Ceux qui me connaissent seront surpris d’apprendre ce fait; mais comme plusieurs amateurs, j’en avais que pour le hockey professionnel et donc, le hockey junior était secondaire. Je suivais la Coupe Memorial, et c’était à peu près ça, ma saison junior. C’est à ce moment que la piqûre naissait. Qui ne se souvient pas de la fameuse finale entre le Canada et les États-Unis où Marc-André Fleury essaya de dégager lui-même la rondelle de son enclave, un dégagement complètement raté qui frappait le défenseur canadien Braydon Coburn et qui rebondissait dans le but du Canada? Ce dernier menait la partie 3 à 1, avant la débandade qui a vu Ryan Kesler et Patrick O’Sullivan marquer quatre buts sans riposte, pour permettre aux Américains de remporter l’Or. (Petite parenthèse : j’en ai toujours voulu à Fleury après ce match et même aujourd’hui, je doute de la dureté du mental du gardien québécois)

Après ce tournoi, le hockey junior a pris davantage de place dans ma passion pour ce sport. J’en ai même fait un devoir personnel de connaître en grande majorité les différents espoirs, non seulement en vue de ce tournoi, mais aussi aux repêchages qui permettaient à ces jeunes d’aspirer un jour à une carrière professionnelle. Évidemment, cela m’a également permis de regarder le hockey d’un point de vue différent, d’un autre œil et sous d’autres angles. Loin de moi d’être un dépisteur agréé, mais le simple fait d’épater d’autres amateurs par les nombreuses discussions et par mes opinions poussées sur les vedettes de demain, le tout est devenu mon pain et mon beurre si bien que j’ai espéré et rêvé longtemps que la ville de Montréal puisse accueillir ce tournoi international.

Un bon matin, en voyant les gens d’Hockey Canada en collaboration avec les Molson et l’équipe de Maple Leaf Sports & Entertainment en conférence de presse, je n’avais pas besoin d’écouter: je savais que mon rêve allait se réaliser, celui d’assister au tournoi du Championnat mondial de hockey junior. Avec beaucoup d’impatience, j’ai attendu l’annonce de la vente des billets jusqu’au jour où l’opportunité se présenta sous inscription sur une liste d’attente et la fameuse phrase : « Seules les inscriptions retenues seront contactées par courriel ». Je n’ai jamais été chanceux dans ces genres de trucs, si bien que je n’y fondais aucun espoir. Deux semaines se sont écoulées par la suite, jusqu’à un certain matin où je recevais un courriel de Hockey Canada m’expliquant le déroulement de la vente… Ce fut un vrai conte de fée! L’euphorie en moi était inexplicable! J’ai toute suite contacté mon bon ami Sébastien pour lui faire part de notre jour de chance – lui, avec qui je discute quotidiennement de hockey. Ça n’a pas pris de temps, malgré le prix et malgré le temps où ce tournoi allait se dérouler, nous avons acheté les 13 paires de billets pour tous les matchs qu’accueillait le Centre Bell.

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Les jours et les mois passaient, je me souviens encore de Seb qui me disait le nombre exact soit en mois ou soit en jour qui restait avant le tout premier match. Petit à petit, quelques informations commençaient à être publiées. Celle que je retiendrai toujours est celle où on annonçait que le Canada affronterait les États-Unis le 31 décembre. Un classique qui s’est produit seulement neuf fois auparavant et qui a toujours donné des matchs enlevants et excitants, avec beaucoup de passion. Avant quoique ce soit, nous savions que cette confrontation allait être épique puisque nous savions que les surdoués Connor McDavid et Jack Eichel allaient s’affronter, cette fois-ci en tant que joueurs de deuxième année. Clairement, cette date était encerclée et attendue de pied ferme, d’autant plus que le nombre en mois ou en jours diminuait de plus en plus.

Le 23 décembre était celle de notre premier match, celui qui opposait le Canada à la Suisse dans un match préparatoire. En prenant le métro, je ne réalisais pas encore que je me dirigeais vers le commencement du tournoi. C’est une fois passé les portes du Centre Bell que j’ai expiré un énorme soupire en me disant : « Wow… Là, c’est vrai! ».

Nous avons été chaleureusement accueillis à l’entrée avec quelques gratuités comme des bâtons bruiteurs, mais cela m’importait peu. Tout ce que je voulais, c’est de m’empresser vers ce qui allait être ma position durant les deux prochaines semaines : la section 332, rangée AA, sièges 1 et 2. Une fois assis, le silence régnait. Nous regardions les vidéos d’avant-match et admirait cette opportunité d’assister à une partie de calibre international.

C’était clair pour nous : nous n’allons manquer aucun échauffement durant le tournoi. Pour nous, c’était la chance de voir comment se démenaient les joueurs et surtout apprendre à les connaitre par leur préparation et finalement, identifier les joueurs que nous aurons à l’œil. En ce premier match qui s’est conclu par une victoire du Canada au compte de 6 à 0, il était évident que le prix payé et l’attente d’un an aura valu la peine. Le premier match officiel du tournoi que nous avons assisté opposait la Finlande et les États-Unis, et quel match ce fut! Dans notre section, les prix des billets variaient de 35$ à 104$ selon les matchs. Pour cette partie, les nôtres valaient 35$ et nous avions le sentiment que nous en avions soutiré des profits tellement que ce match était enlevant!

Malheureusement toutefois, ce match avait installé un premier doute dans mon esprit. Bien des gens en dehors du Québec (et même en dedans) soutenaient que Montréal n’était pas une ville de hockey, mais bien une ville du CH. Étant montréalais, je trouvais cela absurde étant donné la passion que le Québec éprouve pas seulement pour l’équipe mais pour le sport également, et aussi bien sûr, un peu par orgueil et fierté. Je ne m’attendais pas à ce que cela soit salle comble à chaque match, mais sachant que la Finlande et les États-Unis soient de grandes puissances dans le monde du hockey, je m’attendais effectivement beaucoup plus que les quelques 8000 amateurs qui se sont déplacés. J’aimais croire que c’était un lendemain de Noël et que les gens avaient festoyé la veille, mais encore. Je devais me résigner à la déception car selon quelques statistiques avancées, les douze rencontres disputées sur la glace du Centre Bell ont été vues par une moyenne de 9773 amateurs. Si on supprime de l’équation les matchs impliquant le Canada, ce chiffre descend à 6970. Était-ce du mauvais marketing? De la mauvaise promotion? Le prix des billets? Une chose est sûre, c’est que le président de Hockey Canada, Tom Renney n’a pas voulu commenter sur ces chiffres et attendra la fin du tournoi pour le faire.

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En parlant du prix des billets, on m’a chuchoté à l’oreille que le prix du même billet qui en vaut 160$ à Montréal, en valait 55$ à Edmonton en 2012. Le président de l’IIHF, René Fasel, reconnait lui-même que c’est dispendieux et qu’en Europe, personne aurait déboursé ce prix. À ce prix, bien des matchs ont été disputés devant des bancs vides, si bien que le Centre Bell nous a offert de promouvoir nos sièges à trois reprises. Toutes ces fois, nous avons été amenés à nous asseoir à quelques rangées de la patinoire pour permettre vraisemblablement aux téléspectateurs de croire que les gradins sont remplis. Bien sûr, ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre, mais c’est quand même dommage pour ceux qui ont déboursé le plein prix pour le même billet. Ce qui m’a le plus étonné, c’est d’avoir eu ce privilège pour une partie de quart de finale opposant la Russie aux États-Unis. Non seulement, ce sont deux excellents pays de hockey, mais ce fut un match avec un enjeu très important – remporté par les Russes par la marque de 3 à 2.

Ça a été un des éléments marquants du tournoi, mais mon moment favori fut ce match tant attendu entre les Canadiens et les Américains, ces grands rivaux qui étaient maîtres de leur groupe et qui allaient se distancer à l’issue de cette rencontre. Cette confrontation a été fortement médiatisée en raison de McDavid et Eichel, mais une fois que les équipes ont sauté sur la glace, nous sentions que c’était plus que la victoire qui comptait. Nous sentions qu’aucune équipe ne voulait participer à la marche de la honte advenant une défaite, que la rivalité était palpable et qu’il fallait se battre pour la moindre once d’espace dans le but de dominer l’adversaire. L’émotion aussi y était, c’était le match le plus robuste du tournoi, où plusieurs coups sournois et d’escarmouches se sont produits. La foule, en majorité canadienne, a retenu son souffle à plus d’une reprise considérant l’opposition que les Américains ont amené, mais à la fin; nous avons tous chanté en cœur l’Oh Canada en guise de victoire que nos jeunes canadiens ont livré.

Le volet montréalais s’est conclu le 2 janvier dernier à l’issue de l’autre match de quart de finale opposant la République Tchèque et la Slovaquie. L’action s’est transportée par la suite à Toronto, où le reste de la ronde des médailles a été disputée. Si tout se déroule comme prévu, le Championnat reviendra en 2017 toujours sous la formule Montréal-Toronto. Cette fois, les médailles seront données sur la patinoire du Centre Bell. En espérant que dans deux ans, le plan de marketing et de la promotion sera révisé et qui sait, que les billets soient moins dispendieux.

Pour l’amateur en moi, je n’aurai pas mieux imaginé le vécu de cette expérience. Autre qu’un meilleur engouement et d’un plus grand intérêt des amateurs québécois en plus du prix des billets, je n’y changerais rien. À moins d’un revirement, il est clair pour moi que dans deux ans, j’y retournerai et bien sûr, je vous invite à y assister, même si ce n’est que pour un seul match pour vivre l’ambiance, de voir œuvrer les meilleurs au monde des moins-de-20 ans. Même si vous ne connaissez peut-être pas les joueurs, je suis persuadé que vous serez impressionnés par le calibre, car après tout, ce sont les vedettes de demain.

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