NBA à Montréal: Le rêve impossible?

IMG_9307

La NBA nous a payé une autre visite annuelle vendredi dernier au Centre Bell, alors que les Raptors de Toronto ont défait les Wizards de Washington 92-82, devant 20 072 fidèles. Les fans de l’équipe torontoise ont été gâtés à souhait avec quelques jeux spectaculaires, malgré un niveau de jeu assez inégal et décousu de part et d’autre à certains moments. Vivement la fin du calendrier présaison!

Malgré un lent début de match, les Dinos se sont ressaisis par la suite avec une contribution solide des nouveaux venus dans la Ville Reine, ce qui est de bonne augure pour la suite des choses. Ceux-ci seront définitivement la clé du succès cette saison, alors que les Torontois chercheront à remporter une série éliminatoire pour seulement la deuxième fois de leur histoire. Ont-ils ce qu’il faut pour rivaliser avec les Cavaliers et Bulls de ce monde? Probablement pas, mais force est d’admettre qu’ils seront en meilleure posture cette saison.

DeMarre Carroll (16 pts), Luis Scola (9 pts, 6 reb) et surtout le Congolais Bismack Biyombo (6 pts, 13 reb), ont fait sentir leur présence tout au long du match, et vont définitivement apporter de la profondeur à l’alignement de Dwane Casey. Du côté des perdants, notons la performance quelque peu décevante de John Wall (2-7 FG, 5 pts, 8 passes). Ce dernier ne semble toujours pas détenir un lancer digne de son niveau de talent général, ce qui fait de lui essentiellement un Rajon Rondo plus athlétique. En revanche, nous avons eu droit à une démonstration des nouveaux talents de Kris Humphries, qui peut maintenant dégainer et réussir ses tirs de l’extérieur. La recrue Kelly Oubre Jr. (7 pts, 2 reb, 3 vols en seulement 13 min.) a également démontré de belles aptitudes, et pourrait s’avérer une pièce importante à l’avenir pour les Wizards, qui cherchent également à solidifier leur place parmi l’élite de la Conférence de l’Est.

image2

_______________

Mais le passage de la NBA en ville n’est pas véritablement à propos de l’action sur le parquet. Inévitablement, la question refait surface: Montréal peut-il être un marché viable pour le basket? Il y a certainement de l’engouement pour ce sport parmi les jeunes, les communautés culturelles et le gratin montréalais. La NBA est probablement l’expérience la plus jet-set que le sport professionnel puisse offrir, et la présence de Bruny Surin, Jean Pascal, Georges St-Pierre, Eugénie Bouchard et Didier Drogba¹ bien en vue aux abords du court. Également présents étaient Guy A. Lepage, Martin Petit, ainsi que l’ancien ministre fédéral Michael Fortier.

Parlons de ce dernier, un instant. M. Fortier tente depuis un certain temps d’amasser les fonds nécessaires, estimés à un milliard de dollars, afin d’attirer une franchise de la NBA dans la métropole, et qu’il y aurait déjà des investisseurs locaux prêts à contribuer en partie à l’objectif. Certains sont fébriles à l’annonce de cette possibilité, mais beaucoup d’autres semblent avoir mis leur chapeau de pessimiste, vu la réaction dans les commentaires et médias sociaux.

Ce qui surprend, en fait, c’est que ce soit les amoureux de basket qui semblent le moins y croire. Ils ont plusieurs raisons justifiées de ne pas vouloir s’emporter avec une telle possibilité, et la racine de ce symptôme n’est pas seulement sportive.

Vous voyez, Montréal se meurt aux yeux de plusieurs citoyens. Les commerces sont déserts ou même vacants dans les grandes artères du Plateau et du centre-ville, le taux de chômage reste élevé par rapport aux autres grandes villes du pays, l’immobilier sur l’île est presque hors de prix si vous cherchez autre chose qu’un condo, et il n’y a pas de projet d’envergure en vue pour redonner le lustre perdu à cette belle ville.

Même au niveau sportif, malgré une situation financière stable et un début de saison historique, la réalité demeure que si vous avez moins de 30 ans, vous ne pouvez vraiment vous rappeler de la dernière conquête de la Coupe Stanley du CH en 1993. Les gens ont plutôt en mémoire les saisons décevantes, les échanges bâclés et les joueurs autonomes qui ont refusé de signer avec la Sainte Flanelle, se servant plutôt de l’intérêt du club pour obtenir plus d’argent ailleurs. En gros, personne ne veut vraiment de Montréal, et donc un pessimisme institutionnel commence à s’installer.

S’il y a une réalité inévitable au Québec, c’est que le hockey y règne en roi et maître. On ne vous apprend rien en disant qu’un très grand pourcentage de la couverture médiatique y est dédié, et que les autres sports doivent se contenter de miettes. La couverture du basket est encore pour le moins très déficiente en français ici, alors qu’aucune des cinq chaînes de sport locales ne diffuse des matchs, et qu’aucun journaliste n’est attitré à la couverture quotidienne des Raptors ou du circuit Silver. Le basket reste malheureusement traité comme un sport niche, voire marginal, alors un engouement généralisé semble quasi-impossible à court terme. Si un ballon est lancé de la ligne de trois points, mais qu’il n’y a aucune caméra locale pour le filmer, est-il vraiment rentré dans le panier?

Mais malgré tout ça, le fait d’y croire tout simplement serait une grande victoire pour la cause. Il y a une vingtaine d’années, et ce pendant très longtemps, l’Impact jouait régulièrement devant 500 personnes, et une salle comble de 3000 personnes était considérée comme tout un exploit pour un petit club de soccer qui jouait à Ahuntsic. À l’époque, les gens pensaient la même chose du foot (« pas dans les moeurs », « un sport de minorités », « pas d’avenir possible ici ») ce que plusieurs pensent du basket de nos jours. Et même après avoir vécu une fin de match des plus excitantes parmi 60 000 autres fervents du ballon rond au Stade Olympique il y a à peine sept mois, il était impossible de concevoir qu’un joueur de la trempe de Drogba décide de s’amener en sauveur pour notre plus grand émerveillement, et de carrément changer la dynamique du foot à Montréal.

En fait, le basket aurait besoin d’un organisme tel Baseball Montréal. Ces derniers ont démontré leur sérieux au fil des ans, et ont surtout réussi à rallier le grand public à la cause du baseball professionnel au Québec, pourtant fort négligé au temps des Expos. Pourtant, malgré un Stade Olympique désuet qui puisse servir temporairement, l’obstacle principal reste le même depuis maintenant une vingtaine d’années, soit un nouveau stade au centre-ville. Sans le milliard de dollars pour construire cette bâtisse au toit rétractable, tel celui des Brewers de Milwaukee (parce que sans ça, oubliez les fans au mois d’avril, mai et possiblement fin septembre et octobre), comment trouver le reste des sous pour acheter la franchise en tant que tel? Et le seul terrain disponible en ce moment pour construire ce stade serait à Griffintown, ce qui n’est plus exactement le centre-ville, et qui reste difficile d’accès en transport en commun pour l’instant. On est loin d’un Centre Bell fraîchement rénové, ici. Pourtant, on sent très bien qu’un retour des Expos n’est plus une fable, mais une possibilité distincte et réelle.

Sans l’engouement des fans, il sera difficile de convaincre des investisseurs de plonger la main dans leur coffre et faire le nécessaire pour convaincre Adam Silver et les proprios du bien-fondé de la démarche de Fortier. Et la vérité demeure qu’on aura encore besoin de quelques années afin de bien mûrir ce marché, mais rien n’est impossible en ce bas monde.

Faut y croire pour le voir.

 

¹ Plusieurs centaines de fans effrénés se sont rués sur le court à la fin du match, ignorant totalement les joueurs des Raptors et Wizards, afin de jeter leur dévolu sur Drogba, lui qui a obtenu de loin la plus grande ovation de la soirée. Même Eugénie Bouchard semblait inquiète pour sa sécurité en voyant la foule s’attrouper autour d’eux aussi rapidement.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s