Une pensée pour Shea Weber

 

Pour plusieurs d’entre nous, devenir un joueur étoile au sein du Club de hockey Canadien de Montréal représenterait un rêve d’un vie inespéré. De s’imaginer monter sur la scène au repêchage et d’enfiler la Sainte Flanelle et sa casquette par-dessus sa chemise et cravate nouée par nos parents. Ceux-ci qui idolâtrent ce club depuis fort longtemps, en espérant remporter les plus grands honneurs pour faire vibrer la ville comme elle n’a pas vibré depuis fort trop longtemps, malheureusement. Mais la réalité vous rattrape, hélas, et vous vous contentez de vivre votre rêve par procuration.

Ainsi débarque un jeune homme fougueux avec ce même rêve, ayant été élevé à Toronto plutôt qu’au Québec. Plus encore, ses parents, qui ont sacrifié tant d’heures et d’argent pour lui permettre d’atteindre et de vivre pleinement ce rêve, ne sont même pas nés dans ce pays, ayant grandi dans des conditions climatiques plutôt favorables au foot et au cricket, mettons.

Imaginez qu’il remporte des honneurs individuels et autres succès sur la glace, mais surtout l’adulation des fans de tous âges, toutes cultures et toutes classes sociales, comme très peu d’autres personnalités publiques en sont capables. Son exubérance excite les plus jeunes, ses origines font de lui un héros et un modèle à suivre auprès des minorités visibles, particulièrement; et ses performances électrisantes raniment la flamme de ceux qui paient des sommes mirobolantes pour assister à des performances parfois aseptisées de leur club favori.

Même les incultes qui ne suivent pas les moindres faits et gestes de son équipe le reconnaissent dans la rue, vu son omniprésence sur les panneaux publicitaires de la ville. Il semble en plus profiter de sa vie de jeune millionnaire à fond, sans tomber dans les excès ni faire de fracas publics, contrairement à certains de ses coéquipiers. En retour de leur dévouement, il décide de poser un geste philanthropique inédit pour un athlète canadien. Non non, pas juste ici au Québec, mais bien d’un océan à l’autre.

Mais pour une panoplie de raisons, neuf mois plus tard il est malheureusement contraint de s’exiler et de vivre cette relation d’amour à longue distance… ainsi va la vie. Le rêve improbable vient de prendre fin de manière abrupte, et certains cœurs plus sensibles ne s’en remettront pas de sitôt.

Une image encore dure à accepter pour certains…

 

Shea Weber n’a pas demandé à être le rebound. En fait, il a rien demandé du tout. Selon plusieurs, il serait quelqu’un de très réservé, désirant conserver son anonymat au lieu de courir après la gloire. À bien y penser, Nashville était l’endroit idéal pour son type de personnalité: un grand gaillard peu bavard n’ayant qu’à affronter deux ou trois journalistes locaux quotidiennement, dans un petit marché qui ne vit que pour le football et la musique country. Il semblait s’y plaire, et il a été aussi surpris que nous d’apprendre qu’il aura à se déraciner de sa petite vie sudiste afin de réparer les pots cassés à Montréal.

Plusieurs croient ardemment qu’il se débrouillera très bien sur la glace du Centre Bell, fort de son leadership incontesté à travers la ligue et de ses qualités athlétiques. Ils n’ont peut-être pas tort, sauf que l’aspect humain pèsera lourd sur quelqu’un qui n’a jamais été placé dans ce genre d’incubateur dans sa carrière. Et soyons franc, malgré le fait qu’il était l’assistant-capitaine, personne ne regardait Équipe Canada pour suivre les faits et gestes de Weber. Encore une fois, il pouvait se pointer à l’aréna tranquillement et exercer son leadership dans le vestiaire et sur la glace, sans avoir à se soucier d’autre chose.

Montreal Canadiens defenseman Shea Weber takes a shot during the warm-up prior to facing the Toronto Maple Leafs in NHL pre-season hockey action Thursday, October 6, 2016 in Montreal. THE CANADIAN PRESS/Paul Chiasson
Photo par THE CANADIAN PRESS/Paul Chiasson

Alors… à quoi doit-il s’attendre dans ce cirque?

Commençons par ce qu’il peut contrôler. Il a surement eu accès à Internet dans les douze derniers mois, alors il sait que cette équipe a un peu de talent sur papier, mais s’est lamentablement effondrée après la blessure de Carey Price qui, avouons-le, n’a jamais été bien protégé par ses coéquipiers devant son filet. Donc, mission #1: s’assurer que personne ne se jette sur le joyau de l’équipe afin de tenter de le blesser à nouveau.

Il sait également que certains jeunes sont très prometteurs, mais ont besoin d’un patriarche afin de les guider dans la bonne direction. Nathan Beaulieu est probablement l’exemple le plus flagrant, et déjà la différence se fait sentir dans son cas, si on se fie au camp d’entraînement qu’il vient de connaître. Il n’a qu’à continuer dans cette lignée; le respect qu’il imposera ne peut qu’avoir des répercussions positives dans le vestiaire.

Il a également dû se rendre compte qu’une de ses forces principales, son lancer foudroyant, pourrait bien être l’antidote recherchée pour ranimer une attaque à cinq anémique depuis deux ans. Si le système de jeu lui permet, bien sûr, ce dont plusieurs doutent fort. Michel Therrien reste sur le siège éjecteur, et il doit trouver une solution miracle rapidement s’il veut éviter une visite aux bureaux de Service Canada. Le retour de Kirk Muller dans le giron de l’équipe aidera en ce sens, espérons-le.

Autre chose qui joue en sa faveur pour l’instant: la réaction de la foule. Il a été acclamé au Centre Bell en match pré-saison, alors pas trop d’amertume de la part des fidèles pour l’instant, eux qui savent reconnaître un joueur élite en leur présence. Mais comme on l’a vu à maintes reprises, tout peut changer si vite à Montréal. On lui souhaite ardemment de ne pas connaître de mauvais matchs d’affilée, car les journalistes et certains fans n’attendent que ça pour remettre en doute cette transaction controversée. Ajoutez à ça le fait que sa réputation en séries n’est pas très reluisante, lui qui n’a jamais franchi la deuxième ronde, contrairement à son prédécesseur qui a su les amener son club deux fois en finale de conférence. Le genre d’épée de Damoclès dont aucun joueur n’a besoin, encore moins dans ce contexte…

Plus que tout, Shea Weber doit faire de son mieux afin de rester lui-même en tant que personne et de garder son sang-froid. Oui, ses performances sur la glace seront scrutées plus que jamais, matin, midi et soir sur toutes les plateformes imaginables, ainsi que dans les bars et bureaux de la ville. Oui, il sera reconnu peu importe où il ira, que ce soit dans un dépanneur ou un concessionnaire automobile. Oui, les blogues à potins sportifs se feront un plaisir de suivre et de rapporter ses moindres faits et gestes anodins dans la grande région montréalaise. Mais s’il réussit à ne pas s’en faire avec tout ça et continuer d’être lui-même, il y a de fortes chances que le pari fou de Marc Bergevin puisse porter fruit, n’en déplaise aux fans du célèbre numéro 76.

Les Montréalais ont avant tout soif de victoire. Si Shea les amène à la Terre Promise, tout sera pardonné, même s’il n’a rien à se faire pardonner personnellement. Il sera adulé comme jamais, et vivra le rêve que son prédécesseur espérait partager avec nous. On lui souhaite bon courage.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s